Сувениры и Интервью

 
  Interview exclusive de René SIRVIN (Critique de la Danse au Figaro)
 

> René Sirvin, vous rentrez d’Oufa, capitale du Bachkortostan, pouvez vous nous décrire la ville où Rudolf Noureev a vécu jusqu’à l’âge de 17 ans ?

J’ai été extrêment surpris par cette ville de Bachkyrie. Je m’y suis rendu entre le 28 mai et le 1er Juin à l’occasion du gala de commémoratioon des débuts de Rudolf Noureev à l’Opéra d’Oufa il y a cinquante ans.
Noureev n’aimait pas la ville d’Oufa qu’il trouvait froide et sombre. En ce printemps 2003, j’ai découvert une capitale verdoyante, chaude et ensoleillée. La République du Bachkortostan compte 4 millions d’habitants dont plus d’un quart habite à Oufa à 1500 kilomètres à l’est de Moscou et 5.000 kilomètres de Paris à vol d’oiseau.
Cette république est grande comme la Grèce, c’est un pays très riche en pétrole et en raffineries. L’architecture y est tout à fait passionnnante car plusieurs styles s’y côtoient : les nobles demeures du 18ème, les vieilles maisons en bois du 19ème siècle et les façades Art Nouveau d’influence occidentale ou orientale.

> La ville a-t-elle beaucoup changé depuis l’époque où Rudolf Noureev y vivait ?

La ville s’est considérablement étendue puisque certaines avenues font plus de dix kilomètres de long et de nouvelles artères s’étendent à la place des pistes de l’ancien aéroport ! On y trouve des magasins ouverts 24h sur 24, des night clubs et des boites de strip tease. C’est une ville très dynamique bien loin de ce que l’on imagine habituellement.

> En quelle année la famille Noureev est-elle arrivée à Oufa ?

2003 est une date importante pour Oufa puisque, en plus du 10ème anniversaire de la disparition de Noureev, c’est en 1943 que la famille s’est installée dans la ville.
Elle a d’abord habité une maison dans un quartier qui fut rasé pour édifier des immeubles, puis relogée dans une autre maison où la mère de Rudolf vécut jusqu’à sa mort.
Autre date importante célébrée cette année : la première apparition sur scène de Rudolf à l’Opéra d’Oufa en 1953, à l’âge de 15 ans, comme figurant.

Rudolf fut ébloui lorsque sa mère lui fit découvrir l’Opéra d’Oufa à Noël en 1945,. Ce soir-là, on donnait « le chant des cygognes » et le petit garçon qu’il était alors, fut fasciné par le ballet et sa vedette, l’étoile Zaitouna Nazretdinova qui furent, assurait-il, à l’origine, de sa vocation de danseur.
L’étoile Zaitouna Nazretdinova, était d’ailleurs présente au Festival d’Oufa et l’Opéra a glorieusement célébré ses 80 ans au mois d’août 2003.

> Quelles traces de Noureev avez vous pu retrouver dans la ville ?

J’ai tout d’abord voulu voir sur l’emplacement de la principale maison qu’il avait habitée. Celle-ci fut rasée quelques mois après la mort de sa mère en 1987. Acte incompréhensible puisque l’espace est resté vide depuis lors. Les autres maisons en bois existent toujours et s’élèvent autour de ce terrain vague de terre boueuse. Quelques années seulement avant la Perestroïka, le gouvernement a décidé de détruire cette maison sans doute pour des raisons politiques, afin qu’il ne reste aucune trace de Noureev.

A partir de 1993, Noureev est devenu un héros national à Oufa. L’école communale qu’il fréquentait est devenue à présent « l’Ecole de Danse Rudolf Noureev ». Elle se compose de 350 élèves dirigés par 50 professeurs, tous diplômés de l’école Vaganova de Saint Petersbourg. Le corps de ballet comprend 85 danseurs. C’est dire l’importance de la danse à Oufa.

Les salles de classe n’ont pas changé depuis l’époque de Rudolf. C’est ici que Noureev a commencé à apprendre la grammaire, le piano et les danses folkloriques.De nouveaux studios de danse ont été créés, ainsi qu’une grande scène à l’identique de celle de l’Opéra, et une salle de théâtre est en cours de réalisation en prolongation de l’Ecole.
L’école de danse Rudolf Noureev est dirigée par Alick Bicktchurin, collègue de Noureev à l’Opéra d’Oufa en 1954, et un des acteur du très beau film « le Chant des cigognes » tourné à la fin des années 1950.
Les fresques peintes sur les murs à l’entrée célèbrent Pavlova, Nijinski, Oulanova, Nazretdinova et Noureev. Au premier étagese trouve une salle dédiée à Noureev dont les boiseries sont couvertes de photos de Rudolf.

Un peu plus loin dans le cœur de la ville, s’élève l’Opéra d’Oufa dans un quartier très vivant aux larges allées bordées de grands arbres. Oufa comprend 16 écoles de musique, chiffre impressionnant pour une ville d’un million deux cent mille habitants.
L’Opéra, de 700 places, date de 1909. Les représentations se partagent entre le ballet et l’opéra. Le ballet « Le Chant des cigognes » de Nina Anissimova (la célèbre chorégraphe de « Gayané » de Katchaturian, crée en 1942 par Doudinskaia, Sergueiev et le ballet du Kirov réfugié à Perm) fut créé en 1943 et est devenu le ballet national de la République du Bachkortostant..

Le marché, où Rudolf vendait de l’eau, a été entièrement rénové.

> Que représente maintenant Rudolf Noureev pour les jeunes générations de danseurs à Oufa ?

Dès la mort de Noureev en 93, Youri Grigorovitch, le directeur de l’Opéra du Bolchoï, à Moscou, a eu l’idée de créer un festival de danse Rudolf Noureev à Oufa.

La plaque commémorative en bronze représentant Rudolf Noureev en pied, apposée sur le mur extérieur de l’Opéra, est perpétuellement fleurie. Dans ce théâtre (que dirige d’une main de fer Monsieur Andreï Shiskine, et qui comprend une troupe de 85 danseurs classiques d’un très haut niveau) se trouve deux salles de musée dont une, servant également d’auditorium, porte le nom de Rudolf Noureev. Malheureusement, le théâtre d’Oufa ne dispose d’aucun objet ayant appartenu à Noureev et ne peut exposer que quelques reproductions de photos ou d’affiches connues

Quelques vidéos y sont aussi projetées pendant le festival, d’une qualité très inégale, par manque de moyens. Ville et Opéra sont extrêment attachants par leur sincère dévotion à l’enfant du pays, et méritent que tous ceux qui honorent la mémoire de Rudolf Noureev dans le monde s’y intéressent. Mais déjà quelques projets sont à l’étude…


Légende photos (droits René Sirvin) :
de haut en bas

1 - L'ancienne école communale
de Noureev

2 - La plaque apposée au mur de l'école "Ecole de Danse
Rudolf Noureev"

3 - Grand escalier de l'Opéra d'Oufa

4 - Salle auditorium Rudolf Noureev

5 - Fresque représentant Rudolf Noureev à l'Opéra d'Oufa

6 - L'emplacement de la maison où vécut Rudolf Noureev

7 - La plaque apposée au mur de l'école "Ecole de Danse
Rudolf Noureev"


8 - L·étoile Zaitouna Nazretdinova